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vendredi 17 mai 2013

L'honneur perdu de la France

Cette semaine, je suis tombée sur un billet de Crêpe Georgette, intitulée "La résilience ne se trouve pas rue des Morillons". Je ne suis pas sur mon ordinateur et je ne pourrai vous mettre le lien de suite.
Mais il me semble nécessaire de vous raconter ce qui s'est passé par la suite, en réaction à cette lecture.
Valérie parlait de la difficulté d'avoir un père déporté, au niveau de la mémoire de sa famille et de son identité, lorsque certains parlent de nier les évènements douloureux Français comme la Traite Négrière, par exemple car à terme, cela voulait dire renier aussi la Shoah.
Mais au-delà de la Shoah, son billet a ravivé une vieille cicatrice de mon passé.

Mes deux grands-pères étaient des insurgés, des insoumis, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, ayant refusé de rendre les armes à l'Armistice de 40.
Ils furent donc des traitres, des espions, voire des terroristes, échappant à la fusillade lors de leur capture, des mois plus tard, l'un par son patronyme d'origine germanique, l'autre par son type aryen, le style bon blond aux yeux bleus, dont il avait hérité par le hasard. Mon grand-père, qu'on appelait Pépé, avait les plus beaux yeux bleus que j'ai jamais vus, ainsi qu' un visage d'une régularité incroyable, dans sa jeunesse.
Des années après, son visage trahissait sa vie, mais avait gardé son caractère.
Mon pépé ne parlait jamais de ses années de captivité: j'ai su, par ma grand-mère, qu'il cachait les patates crues qu'il pouvait pour nourrir ses camarades, car il les cultivait pour les officiers allemands....

 Il fut enfermé dans un camps de concentration pour soldats résistants, enfin pour insoumis, puis passa à un stalag très dur.

Mon papy, mon autre grand-père fit la tournée des camps, Allemagne, Pologne, Autriche avant de finir comme Fernandel dans la Vache et le Prisonnier, mais il gouta quelques temps à un vrai camps de concentration, lui aussi. C'est pareil, avoir un nom d'origine allemande était du au hasard, un hasard qui lui a sauvé la vie.
En repensant à tout ça, je me suis dit que leur trajectoire, comme celle d'autres soldats comme eux, ce que m'a confirmée la responsable des archives d'un musée de la Résistance que j'ai contacté, ces trajectoires sont frappées d'oubli.
 Les anciens" traitres à Vichy" ne disaient rien sur leur captivité. Comme les déportés juifs.

Ils furent réhabilités à la sortie de la Guerre, revenant dans un pays qui était désormais plein de tout nouveaux résistants...

Pourtant, ces hommes possédaient une notion morale, qu'ils avaient porté haut dans leur vie : l'honneur.

Cet honneur leur avait fait refuser de se rendre en sachant qu'ils risquaient la mort. Ils s'étaient alors enfoncé dans le maquis en solitaire, tirant, comme mon Papy le confia au soir de sa vie, sur les nazis, comme sur des lapins. Le but était de faire le plus de cartons possibles...
 Ils furent seuls, les premiers résistant armés de la Guerre, bien avant l'Appel historique du 18 Juin.

 Ils furent dénoncés par de "bons français" et enfermés dans des camps, pas des stalags à la "Papa Shultz", pas de la rigolade, mais des privations terribles les attendaient.

L'honneur de la France importait plus que tout pour eux. Ce n'était pas des surhommes, mais parmi les plus gentilles personnes que j'ai rencontrées.
 Jamais je n'aurais pu les voir en sniper froids et déterminés dans mon enfance: l'un avait toujours des bonbons pour les gosses qui passaient, et était adoré du village.
 L'autre dessinait, écrivait, adorait les chiens. Pas des héros mais des papies ordinaires. Et pourtant...

J'ai donc fait des recherches sur Internet: j'ai décidé de retrouver ces fameux camps de concentration pour prisonniers réfractaires, espions, déserteurs, multi évadés etc...ceux qui furent persécutés et dont on ne parle pas. J'ai retrouvé deux camps en Ukraine et en Pologne, dont je donnerai le nom plus tard. Il est possible qu'ils n'y soient jamais allés, mes papis,  mais d'autres furent affamés, privés d'eau, torturés dans ces lieux, d'autres comme eux.

J'ai cherché des documents sur le net à leur sujet, et je suis tombée sur l'Office des Anciens Combattants , j'ai appelé. Ils m'ont donné leur numéro de Carte d' Anciens Combattants.

Cela fait drôle. J'avais tellement l'impression d'être si proches d'eux, à ce moment...Avec ces numéros, je vais écrire aux Archives départementales afin d'obtenir leurs états de service.
 Je saurais donc ce qu'ils ont fait pendant ces 4 ans et demi de captivité, et j'aurai aussi la liste de  leurs médailles, celles avec lesquelles ils me laissaient jouer, enfant, et que les héritages ont englouti dans l'oubli.

Et c'est là que je me suis rendu compte qu'on ne parle plus guère d'honneur, en ces temps actuels. Certes, c'est associé à de Gaulle, comme le nauséabond Didier Goux le rappelait récemment, à juste titre. Mais est-ce associé à une époque disparue?

J'ai vu aussi que certains régiments se sont fait massacrer en 1940, plutôt que de se rendre, malgré les consignes des États-Majors et de Pétain, en toute connaissance de cause.
On appelait cela l'honneur. Plutôt mourir que de se rendre. Mourir pour une "certaine idée de la France".

On ne peut qu'essayer d'en être digne, nous, leurs descendants.

J'ai noté leur numéro de carte d'ancien combattant bien soigneusement, à mes papis. Certains chiffres rendent riches, très riches.

L'honneur de la France n'est pas tout à fait perdu, tant que nous pourrons en garder la trace. Mais s'il reste dans les musées, mes grands-parents se seraient battus pour rien.

Mise à jour:
le lien sur Crêpe Georgette.
le lien sur Didier Goux (attention, ceci est un site hautement "réac", à lire avec précaution) comme il est un des seuls blogueurs  à parler de la notion d'honneur, il faut le signaler. Sa vision de Massu n'engage que lui.

18 commentaires:

  1. l'honneur de la France, rester dans les musées ? Peut-être bien.
    Vous savez qui a rejoint De Gaulle en Angleterre, tout d'abord ? Les hommes de l'île de Sein. Le plus jeune était presque un enfant encore. Le dernier de ces hommes, Clet Chevert, est mort hier. Il sera enterré samedi, dans son île. Je me demande quel officiel sera présent.

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    1. Alors, pour être très honnête, je l'ai su quand je faisais des études et je l'ai oublié.
      Je suis donc ravie sans arrière-pensées que vous complétiez l'info.
      Et oui, je trouverais dommage aussi si on ne fait rien dans les médias et ailleurs pour saluer la mémoire de cet homme.
      merci pour la contribution.

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    2. Là où j'habitais auparavant, sur le mur d'un café du centre ville a été posée une plaque : c'est là que, passant par hasard, Maurice Schumann a entendu l'appel de De Gaulle à la radio. Du coup il est parti le rejoindre et devenir un des précieux lieutenants.

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    3. C'est bien qu'on garde ce genre de traces dans notre paysage et nos villages.

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  2. Moi j'ai eu l'occasion de parler avec un gosse de 10 ans qui n'a pas hésité à prendre les armes pour se battre contre ceux qui envahissaient son pays. Mais comme son pays a finalement été envahi et conquis, lui, on l'appelle "fanatique" et non "homme d'honneur". Monde de merde...

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    1. la réponse est dans le billet : mes grands-parents étaient des traitres et des insoumis, des insurgés pendant le gouvernement de Vichy.

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  3. Que l'histoire soit écrite par les vainqueurs et selon le seul point de vue des vainqueurs n'est pas nouveau… y compris lorsque les vainqueurs du jour deviennent les vaincus du lendemain (c'est le cas de Vichy, justement). Mais cela peut être beaucoup plus long (le génocide vendéen, exemple entre cent).

    Ce qui est profondément nouveau, dans la France contemporaine, c'est que le vaincu va lui-même au devant des falsifications du vainqueur, voire les lui souffle ou les produit à sa place (Guerre d'Algérie).

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    1. le génocide vendéen: oui, il a existé, la Révolution a des côtés moches aussi.
      Vous reconnaissez que nous avons perdu cette guerre? Mais au fond, je ne crois pas qu'il y ait vraiment des vainqueurs dans une guerre, les civils trinquent toujours.
      J'ai promis à Nicolas d'être cool avec vous ce soir.

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    2. De quoi i' s'mêle, le gros frisé ?

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  4. Très beau billet, j'ai hâte d'en savoir davantage.

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  5. Le père de mon beau-frère était en 1940 dans le 507e régiment de chars de combat, celui de De Gaulle. De son groupe, il fut le seul rescapé, avec encore aujourd'hui plein d'éclats dans le corps.

    Le maire de sa commune a décidé de lui demander la médaille du mérite : bizarrement, quand on voit les promotions qui passent, son dossier... n'avance pas. Il a 99 ans. Tiendra-t-il encore un peu ?

    Pour le "génocide" vendéen, je suis bien placé (mon ancêtre direct y a participé côté vendéen) pour savoir que le terme est impropre. Il s'agissait d'une guerre, au même titre que celle d'Afghanistan aujourd'hui. Des atrocités ont eu lieu des deux côtés.

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    1. Peut-être que son régiment a eu cette médaille?

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    2. Non, il avait la fourragère de la médaille militaire (il a été dissous depuis). Celui où j'ai servi l'a également.

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  6. « Pour le "génocide" vendéen, je suis bien placé (mon ancêtre direct y a participé côté vendéen) pour savoir que le terme est impropre. »

    Quant à moi, l'un de mes ancêtres s'est battu au côté de Vercingétorix, si bien que je sais tout sur la guerre des Gaules, et même où se trouve le véritable site d'Alésia.

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  7. Les grands-parents vosgiens de mon épouse ont été déportés à Dachau. Sa grand-mère ,une force de la nature, en est revenue vivante mais estropiée et terriblement traumatisée par toutes les horreurs qu'elle a pu voir. Elle n'a jamais pu parler une seule fois des atrocités qu'elle a pu endurer mise à part le fait que les nazis les faisaient tenir nues pendant des heures dans la neige et le froid glacial.
    Elle a été décorée par De Gaulle et en était très fière.
    Son grand-père, communiste italien, naturalisé français, déporté dès les premiers mois de la sale guerre pour avoir distribué des tracts, est mort en chambre à gaz et puis a été "crématisé" . Il est donc mort deux fois !
    Lui n'a jamais eu ni médaille ni rien même à titre posthume. Seul son nom figure sur une liste interminable d'anonymes gravé sur un panneau de marbre.
    On oublie trop souvent que l'est de la France a payé un des plus lourds tribus à l'arrivée de cette "bête immonde".
    Et malheureusement et bizarrement il y a dans cette région nombre de nostalgiques de cette terrible période. Allez comprendre!

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    1. Parce qu'on ne parle pas de la bonne manière de cette période, je crois et parce que les descendants n'ont pas transmis ce qui s'est passé.
      J'ai eu la chance qu'on m'en parle mais ce n'est pas venu de mes parents, mais de confidences de mes grands-parents, de leurs amis. Mes parents se fichaient de cette période.

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